Quelles étapes suivre pour créer son prévisionnel financier à partir de l’idée ?

Avant de se lancer dans les calculs, il faut commencer par poser ses idées et rassembler les informations dont on dispose : prix pratiqués par la concurrence, niveau de coûts du secteur… Vous pourrez trouver un certain nombre de données utiles qui sont déjà accessibles publiquement. Ensuite, il faudra choisir un outil pour construire le modèle — un tableur comme Excel suffit largement pour démarrer si vous ne disposez pas d’outil dédié à la construction de business plan.

Le travail sur le prévisionnel financier peut alors véritablement commencer avec l’élaboration des prévisions de chiffre d’affaires et la planification des charges. Ces deux étapes seront détaillées dans la partie suivante. À ce stade, il ne faut pas oublier d’anticiper les besoins en recrutement (nombre d’employés, type de contrat, rémunération…) et de se renseigner sur les taxes et impôts applicables à son activité et à son statut juridique, au-delà du seul impôt sur les sociétés traité plus loin.

Enfin, il reste à intégrer les décisions structurantes du projet :

  • comment le financer (emprunt bancaire, autofinancement, financement mixte…) ;
  • quels investissements initiaux prévoir (stocks de départ, achats de matériel ou d’immobilisations…) ;
  • quelle rémunération se verser en tant que dirigeant et sous quelle forme (salaire, dividendes) — un arbitrage à part entière, détaillé dans notre article sur l’optimisation de la rémunération du dirigeant.

Enfin, il faut définir l’horizon de son prévisionnel : généralement 3 ans, avec une première année mensualisée pour piloter finement la trésorerie au démarrage, puis des années 2 et 3 annualisées.

Si votre financement compte sur un emprunt bancaire, il sera sans doute nécessaire de réaliser des projections sur la durée de l’emprunt.

Comment réaliser des projections simples et fiables pour son prévisionnel financier ?

Deux exercices concentrent l’essentiel de la difficulté, et de la valeur ajoutée, d’un prévisionnel financier : bien prévoir ses ventes, et ne rien oublier dans ses charges.

Prévisions de ventes : comment choisir la bonne méthode ?

La méthode la plus simple consiste à multiplier un prix unitaire, ou un panier moyen, par un nombre de ventes prévisionnel : elle convient bien à une activité de vente de produits ou de prestations unitaires. Il est possible d’aller dans le détail lorsqu’on a plusieurs produits, en commençant par effectuer des hypothèses de volumes de ventes pour chacun des produits ou services.

Une autre approche, la part de marché visée multipliée par la taille du marché total, est utile en phase de lancement quand on ne dispose pas encore de données de vente propres — mais elle doit être maniée avec prudence, tant les hypothèses de taille de marché peuvent être fragiles. Cette méthode est souvent plus facile si vous disposez de données sur vos concurrents.

D’autres modèles économiques appellent des méthodes différentes.

  • Pour une activité qui repose sur des données d’occupation, comme un hébergement ou un local, le chiffre d’affaires se construit à partir d’un taux d’occupation prévisionnel : un gîte affichant, par exemple, un taux d’occupation de 45 % sur l’année et un prix moyen de 90 € la nuitée.
  • Pour un modèle par abonnement, il se construit à partir du nombre d’abonnés, du prix de l’abonnement et d’une hypothèse de taux de résiliation (churn).
  • Pour un modèle par commission, il dépend du volume de transactions générées par des tiers et du taux de commission appliqué.

Il est d’ailleurs fréquent de combiner plusieurs de ces méthodes lorsque l’activité génère plusieurs sources de revenus.

Anticiper et estimer au plus juste l’ensemble des charges

Dans un business plan, on distingue généralement deux types de charges : variables et fixes. Les charges variables évoluent avec le volume des ventes. Il s’agit des achats de matières premières, du coût des marchandises vendues, des commissions versées… Elles se calculent le plus souvent en pourcentage du chiffre d’affaires ou du nombre d’unités vendues.

Les charges fixes, elles, ne dépendent pas du niveau d’activité : loyer, assurances, abonnements logiciels… Vous pourrez obtenir des benchmarks auprès de professionnels du secteur, d’un expert-comptable ou parfois simplement en regardant les tarifs pratiqués par d’autres acteurs sur internet.

Certaines charges sont fréquemment oubliées à ce stade : frais bancaires, cotisations professionnelles, maintenance, ou provisions pour aléas. Les frais de personnel méritent une attention particulière, car ils incluent non seulement les salaires bruts mais aussi l’ensemble des charges patronales, dont le niveau varie fortement selon le type de contrat. Enfin, les frais liés aux emprunts — les intérêts — doivent être isolés des remboursements de capital, qui n’apparaissent pas dans le compte de résultat mais dans le plan de trésorerie.

Le regard du DAF

Un DAF expérimenté construit son scénario avec beaucoup de prudence. Il va même souvent réaliser plusieurs scénarios — pessimiste, réaliste et optimiste — en faisant varier en priorité les hypothèses de ventes, car ce sont les plus incertaines. Cette démarche permet aussi d’identifier le seuil de rentabilité du projet et de vérifier qu’il reste viable même dans l’hypothèse la plus défavorable, ce qu’un banquier ou un investisseur cherchera systématiquement à challenger.

Construire son prévisionnel financier : passer des hypothèses au résultat prévisionnel

Une fois les hypothèses de chiffre d’affaires et de charges posées, il reste à les assembler dans un compte de résultat prévisionnel, en suivant une cascade de calcul précise :

  • Marge brute, en soustrayant les charges variables du chiffre d’affaires prévisionnel.
  • EBE (aussi appelé EBITDA), en retirant ensuite les charges fixes, les frais de personnel et les impôts et taxes (hors IS).
  • Résultat d’exploitation, en déduisant les amortissements.
  • RCAI, après la prise en compte des charges financières liées aux emprunts, qui donne le résultat courant avant impôt.
  • Résultat net, en déduisant l’IS.

Un exemple simplifié permet d’illustrer cette cascade, pour une entreprise réalisant 200 000 € de chiffre d’affaires prévisionnel en année 1 :

PosteMontant
Chiffre d’affaires prévisionnel200 000 €
Charges variables60 000 €
= Marge brute140 000 €
Charges fixes, personnel, impôts et taxes100 000 €
= Excédent brut d’exploitation (EBE)40 000 €
Amortissements10 000 €
= Résultat d’exploitation (REX)30 000 €
Charges financières (emprunt)5 000 €
= Résultat courant avant impôt25 000 €
Impôt sur les sociétés (15 %)3 750 €
= Résultat net prévisionnel21 250 €

Le piège à éviter

Le piège le plus fréquent consiste à confondre un résultat prévisionnel positif avec une trésorerie disponible suffisante. Un prévisionnel peut être rentable sur le papier tout en générant des tensions de trésorerie réelles, notamment à cause du décalage entre l’encaissement des ventes et le paiement des charges, ou du remboursement du capital des emprunts, qui n’apparaît pas dans le compte de résultat. C’est précisément ce que couvrent le bilan prévisionnel et le plan de trésorerie, que nous détaillerons dans un prochain article.

Questions fréquentes sur le prévisionnel financier

Sur quelle durée établir son prévisionnel financier ?+

En général sur 3 ans, avec la première année mensualisée pour piloter finement le démarrage de l’activité, et les années suivantes présentées de façon annualisée.

Faut-il un logiciel spécifique pour construire son prévisionnel ?+

Non : un tableur comme Excel suffit largement pour démarrer.

Quel taux d’impôt sur les sociétés retenir dans son prévisionnel ?+

Le taux applicable en 2026 est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice fiscal, puis 25 % au-delà, sous réserve de respecter les conditions d’éligibilité au taux réduit (chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros, capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques).

Faut-il prévoir plusieurs scénarios dans son prévisionnel financier ?+

Oui : construire un scénario pessimiste, un scénario réaliste et un scénario optimiste permet de tester la robustesse du projet et de mieux anticiper les questions d’un financeur.

Un compte de résultat prévisionnel suffit-il à convaincre un banquier ou un investisseur ?+

Pas seul : il doit généralement être complété par un bilan prévisionnel et un plan de trésorerie, qui rassurent sur la solvabilité et la liquidité du projet au-delà de sa seule rentabilité.

Passez à l’action

  • Listez l’intégralité de vos charges fixes et variables avant de vous lancer dans le calcul de vos ventes prévisionnelles.
  • Choisissez la méthode de prévision des ventes adaptée à votre modèle économique (unitaire, part de marché, taux d’occupation, abonnement, commission).
  • Construisez au moins deux scénarios, réaliste et pessimiste, pour tester la solidité de votre prévisionnel.
  • Mensualisez votre première année d’activité et annualisez les années suivantes.
  • Faites relire vos hypothèses par un expert-comptable ou un DAF externalisé avant de les présenter à un financeur.

Pour aller plus loin

Construire un prévisionnel financier fiable nécessite de documenter méthodiquement des hypothèses de ventes et de charges, puis de les assembler dans un compte de résultat cohérent, idéalement décliné en plusieurs scénarios. C’est cette rigueur qui distingue un prévisionnel crédible d’une simple estimation optimiste, et qui rassurera un financeur sur la solidité du projet.

Ce prévisionnel ne couvre toutefois que le compte de résultat : pour compléter le volet financier de votre business plan, il faudra aussi construire un bilan prévisionnel et un plan de trésorerie, que nous détaillerons dans un prochain article. En attendant, un expert-comptable ou un DAF externalisé peut vous accompagner pour fiabiliser vos hypothèses et sécuriser votre dossier de financement.

Sources officielles